Nasca > Cusco - Pampa la galère

Le départ vers Cuzco marque nos premiers coups de pédales au Pérou. Nous savons que la route que nous allons emprunter n'est pas facile.
100km ou presque de montée non stop sans le moindre plat ou semblant de descente qui nous mèneront à plus de 4000m. Le Pérou à vélo ça commence fort.
Va-t'on y arriver? C'est la question qui nous hantera tout du long. Certains cyclistes y ont renoncé, d'autres ont capitulé à cause de l'altitude, pourtant d'autres encore, ont réussi ce voyage avec des enfants de 8 ans. Rien d'infaisable donc mais nous restons humbles, nous ne pourrons le dire qu'une fois fait.


Dès le 6e km la route commence à serpenter. Le dénivelé n'est pas casse patte avec un pourcentage allant de 4 à 6%.
D'après les renseignements glanés deci - delà, nous savons que nous trouverons de l'eau au km 52.
Motivés, on se dit que d'atteindre ce km 52 devrait se faire dans la journée. C'est le désert à perte de vue mais déjà ces montagnes environnantes donnent au paysage une allure extraordinaire.

Le Cerro Blanco - la plus haute dune de sable du moooonde!

Rapidement sur notre gauche juste avant le péage, nous apercevons sur notre droite le Cerro Blanco, la dune de sable la plus haute du monde qui culmine à 2080m. À côté, la dune du Pilat, fait figure d'un petit tas de sable.
La route est bien goudronnée et roulante.

Il fait très chaud. 35°. El camion, il a chô!

Les camions qui grimpent très lentement nous doublent très prudemment en passant très large. Nous n'éviterons pas la coutume péruvienne qui est d'user du  klaxon. Purée! Si je tenais le type qui a inventé cet engin et surtout l'a fait connaitre aux Péruviens, je le donne à manger aux chiens.

Km 23
toujours au km 23

Bien sûr que c'est pour nous saluer ou nous encourager et ça fait toujours plaisir mais bon sang que ça nous explose les tympans.


16h et le but n'est pas atteint. Le temps de prendre des photos, des films et une moyenne fulgurante de 6km/h, nous n'avons fait que 33km.


On en a déjà plein les pattes et ici la nuit tombe à 18h. On trouve rapidement l'emplacement de notre bivouac à l'intérieur des ruines d'une ancienne maison.


La vue est magnifique. Nous surplombons la montagne et pourtant nous ne sommes qu'à 1950m d'altitude. La nuit sous les étoiles, personne autour si ce n'est les camions qui roulent de nuit comme de jour.

Épisode 2


Au réveil, Anne-Marie a de la fièvre, un mal de gorge accompagné d'un mal de tête et de fièvre, mais elle souhaite tout de même partir.


On grimpe lentement atteignant parfois la vitesse limite de 4km/h.
Nous grimpons toujours avec les mêmes dénivelés, constants. Les montagnes de la veille s'éloignent par le bas de plus en plus.

Le Cerro Blanco au fond
La vue sur le gros tas de sable est extraordinaire. On n'imagine pas le grimper à pied comme on le fait sur la dune du Pilat. En plus, il faut ici, payer 4 soles pour y poser les pieds.


La circulation, comme au premier jour, est très limpide. Parfois 20mn sans âme qui vive. On est seuls au monde… sans "Wilson".


Contrairement à ce nous pensions, nous trouverons une première épicerie/restaurant au km 44.
Elle est la bienvenue, on a très soif et nous pouvons recharger les poches d'eau. Les prix naturellement grimpent comme la route, normal. De 2,90 soles la bouteille d'eau de 2,5l à Nasca, celle-ci passera à 5 soles.


Anne-Marie commence à se sentir faible mais elle s'accroche. Le mal de gorge est fort. Elle attaque le sac de feuilles de coca pour se donner un peu de punch. Effet inattendu, la coca anesthésiera la douleur de la gorge et des bronches. Une maigre consolation mais c'est toujours ça!


Nous trouverons un autre point d'eau, gratuit, au km 50. Mais il serait plus prudent de se servir au tuyau d'arrivée qu'après le bassin de rétention qui n'est là que pour irriguer un semblant de forêt quelques mètres plus bas et d'autres cultures. Cela dit, je conseillerais tout de même de la traiter. Nous aurons cette fois la chance qu'un gars arrêté sur le côté nous stoppe avant pour nous offrir de quoi remplir la poche de 4l d'eau.


2km plus loin nous arrivons enfin au fameux km 52. Une bourgade d'une dizaine de maisons tout au plus dont 3 se targuent de faire restaurant.



Pour 6 soles soit 1,50€ le repas, nous aurons un menu complet (soupe consistante et plat bien garni, surtout en riz).

Pioux est de plus en plus fébrile et la température augmente. La gorge et la poitrine lui font mal… ça sent la grippe. Son front est brûlant. Je ne suis pas rassuré de la voir dans cet état. Elle lutte, je le vois bien. Elle est coriace mais tout de même.


Premier objectif : trouver un emplacement au plus vite pour qu'elle puisse dormir. On repart. Au bout de 2 km la température l' affaiblit de plus bel et chaque coup de pédales est un effort que beaucoup ne ferait pas. Je suis à la fois admiratif de ce petit bout de femme qui ne renonce jamais et la prudence me dit que son état devient préoccupant. Peu de circulation, ou seulement des gros transporteurs chargés à bloc qui ne prennent personne.

Tiens pour une fois, on croise un ours!

Pendant 2 km la montée sera terrible. Anne-Marie ne tient pratiquement plus debout. Elle se couche sur un rebord pendant que je monte les vélos sur 300m puis je redescends la chercher et ainsi de suite.


Seuls 2 ambulances et un petit van vide avec remorque nous croisent sans même répondre à mes signes pour qu'il nous prennent en stop.
Anne-Marie, couchée seule sur le bord de la route près de son vélo, n'attirera pas plus la compassion des Péruviens qui passent en camion ou en van.

Un ange, non un cactus passe...

Je peste à la fois d'être perdu au milieu de nulle part avec Pioux malade comme jamais et contre ces rares Péruviens qui nous passent devant sans le moindre état d'âme. Même pas pour nous offrir spontanément de l'eau ou savoir si on a besoin de quelque chose. Je repense à ceux qui sous entendent qu'en Amérique du Sud les gens sont hyper accueillants. Et bien je rage, je pousse une gueulante.
La seule chose qui les intéresse ici, c'est notre pognon ou de savoir combien coûtent nos vélos, rien d'autre.
Que ce soit aux USA ou au Canada, personne ne nous aurait laissés crever sur le bord de la route comme ici.

Nous on est au fond, à la meilleur place!

Au km 56, enfin, je trouve un terrain de camping, juste à temps. Anne-Marie ne tient plus debout et nous aurons mis une éternité pour grimper ces 2 km .
Les autres occupants nous foutrons la paix jusqu'au lendemain, voir plus si on était restés mais comme il ne sont pas causants…
Je plante la tente pendant que Pioux est vautrée sur un rocher. Je l'allonge toute tremblotante, lui prépare 2 litres de tisane avec du miel et quelques cachetons de paracétamol plus une petite prière pour que demain elle aille mieux. Je n'ai pas de thermomètre mais les 40° ne doivent pas être loin.
Nous sommes à 3000m.


Le soleil se couche au loin. La vue est encore une fois extraordinaire. Pioux ratera cet épisode. Pendant que j'écris ces premières lignes, elle tente de reprendre des forces à côté de moi en dormant profondément.


Épisode 3



Au réveil, la température a bien baissé. Elle souhaite reprendre. Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur mais on est paumé au milieu de nulle part et elle et moi n'aimons pas reculer. Nous finirons tant bien que mal, le lendemain, par atteindre km 78 et repasser une nuit sauvage toujours sous les étoiles à près de 3700m.


Au matin, nous atteindrons les 4000m au km 89, la porte de la Pampa Galera. Ça porte bien son nom. Finalement ce fut une galère que d'arriver là. Maintenant stop et ce sera du stop et plus rien d'autre.


Pioux pestera car elle attendait avec impatience ces 24 km de descente mais elle est bien consciente que ce n'est pas du tout raisonnable!
Enfin, vers 14h, un camion s'arrête et le conducteur, voyant la mine épuisée de mon petit Pioux, accepte de nous prendre.
Inacio transporte une cargaison de fruits qu'il doit livrer à Cuzco avant 4h le lendemain matin.
On traversera Puquio, nous remontrons à plus de 4300m plusieurs fois.


Anne-Marie dort dans la cabine à l'arrière. De temps en temps, le camion zigzague légèrement.
Iñacio secoue ses jambes et se remue sans cesse pour ne pas dormir. Je le surveille et je vois ses paupières se fermer par intermittence. Il lutte pour ne pas dormir.

Lui n'a pas pu lutter...

Je finis par le convaincre de me passer le volant. Ça fait bien 30 ans que je n'ai pas conduit un vrai camion et quelques variantes comme cette boite à 8 vitesses me perturbent un peu. Je roule quelques kilomètres et hop il veut reprendre son volant.


La nuit tombe et pour Iñacio pas question de s'arrêter pour dormir… c'est chaud, j'ai du mal à fermer l'oeil car je ne suis pas vraiment rassuré sur cette route qui serpente continuellement dans la montagne. Heureusement Pioux dort profondément. Elle récupère un peu. Je réussis à reprendre un peu le volant de nuit cette fois. Chaud aussi quand on ne connait pas la route.

Juste avant la nuit

Nous passerons Anbancay et finalement bien heureux de le faire en camion quand j'ai vu la côte genre 8 à 12% qu'il faut se taper pour sortir de la ville sur plusieurs kilomètres.
Vers 6h, alors que je m'étais assoupi, Iñacio, me secoue. Il faut vite descendre du camion avec nos vélos.
Sur la route, il y a des contrôles de poids pour les camions et là il vient de se faire prendre à cause de nous. Le policier est complaisant si on descend rapidos…


Et nous voilà à l'aube, déposés au milieu de nulle part, à une trentaine de kilomètres de Cusco.
Un petit bourg qui se réveille. Des paysans qui sortent leur bétail pour les conduire au champs ou au marché aux bestiaux qui s'installe… Et nous roulons, roulons dans la fraîcheur matinale.



Ça grimpe encore légèrement mais pas trop jusqu'aux portes de Cusco.  En chemin, quelques péruviennes se marrent bien de voir 2 paumés de gringos sur des vélos bizarres (bon là c'est moi qui le dis puisque personne ne nous a encore appelé de la sorte).

A qui les 2 chiens morts dans le caniveau?

Une fois franchi ce petit col, la route descend vers le centre ville. La route est cabossée de partout et quelques travaux sont en cours.

Un gamin qui nous a accompagné pendant 1 bon km
 

Nous qui pensions que le bagne était fini, on peut constater que ça donne du boulot à beaucoup ce qui n'est pas mal. Le temps de bien crasser nos vélos d'une boue bien rouge et nous voilà atteignant le cœur de la ville.


Sur la droite, un premier attroupement sur la place Almudena. C'est ce qu'on appelle un enterrement en fanfare. Un cercle de chaises sur le parvis de l'église avec la famille épleurée qui se fait consoler par les amis et les voisins au son de la banda.


Plus loin, on retrouve Iñacio encore une fois aux prises avec la police car il gène la circulation pour décharger son camion.


Enfin nous atteignons le centre ville, la plaza de Armas. Pas simple, quelques rues sont bloquées à la circulation pour travaux et par de grandes toiles blanches qui cachent des découvertes archéologiques.



Sur la plaza, on se fait alpaguer (ce qui n'a rien à voir avec le fait de se faire prendre pour des alpagas mais peut être plus pour des pigeons). On nous propose moultes voyages et chambres d'hôtel. Crevés, exténués, ne sachant pas trop où aller, on choisit un endroit qui nous parait correct.
Nous sommes dans un coin tranquille non loin du la plaza de Armas, au calme, c'est déjà ça, pour qu'Anne-Marie reprenne du poil de... lama.  Merci Serge!!

À savoir


Sur la route de Nasca à Puquio, où planter la tente!! 

Voilà quelques endroits repérés plats et sans cailloux pour planter 1 tente le long de cette loooongue montée. après le km 62 c'est très facile d'en trouver d'autres..
Des points d'eau aux km 44, km 50, km 52, km 83 (bouteilles bien souvent à part le km 50)

km 23 de la route 26A depuis Nasca
km 33 de la route 26A depuis Nasca
km 40 de la route 26A depuis Nasca
km 44 de la route 26A depuis Nasca
km 47 de la route 26A depuis Nasca
km 48 de la route 26A depuis Nasca
km 51 de la route 26A depuis Nasca
km 56 de la route 26A depuis Nasca
km 61 de la route 26A depuis Nasca
km 62 de la route 26A depuis Nasca

13 commentaires :

  • Les Cyclomigrateurs | 2.9.14

    Eh bien dites donc, vous vous en souviendrez de cette ascension.
    Merci pour les points de bivouac, ça peut servir et ça évite de se poser trop de questions.

    Curieux, cette manie de baliser la route avec d'énormes cigarettes ;-)

  • Anonyme | 2.9.14

    Bon courage et bon rétablissement à Anne Marie .
    Elle est costaud la petite !!! :)
    Bises Cécile R

  • wendy BEAUCHARD | 2.9.14

    Et ben que d'aventures !!! Le Pérou est vraiment un monde perdu entouré de paysages très très arides. Bon rétablissement à Anne Marie qu'elle se repose surtout et qu'elle ne fasse pas sa tête de mule enfin... de Lama .Bon courage pour la suite .Gros bisous à vous 2 .

  • Anonyme | 3.9.14

    BONJOUR
    bon courage pour vos mésaventures et bon rétablissement
    pour la suite de votre voyage
    amitiés
    patrice

  • Zwoofffette | 3.9.14

    @Cécile
    Grosse grippe qui m'a complètement anéantie mais ça y est!! Au bout d'une semaine, la forme revient petit à petit. Bon courage pour la reprise.

  • Zwoofffette | 3.9.14

    @Wendy
    Non, pas une tête de mule ni de lama, mais une tête de lamade (en verlan!!):-) Les bons fruits vitaminés du Pérou m'ont redonné des forces et les petits soins de Patrick m'ont requinquée!! Et puis le vélo me manque ce qui veut dire que la forme revient!
    Prends soin de toi
    Bises

  • Zwoofffette | 3.9.14

    @Les cyclomigrateurs
    Oui, on a eu la même réflexion. Ce doit être le ministère de la santé qui se débarrasse de ses stocks!!
    Quant aux points de bivouac, c'est pour que ça serve, alors profitez-en. On rajoutera même les points d'eau.
    Bonne route.

  • Anonyme | 4.9.14

    Je vous ai abandonnés (dans le commentaire uniquement) pendant quelques jours. Et suis infiniment admirative : dépasser ses limites n'est pas donné à tout le monde, et vous, ensemble, les dépassez. .. poncho bas! C'est difficile de trouver les mots; bien sûr, vos photos sont magnifiques et les paysages somptueux, mais en même temps, vous saisissez au vol ( enfin, au pédalage) les images de la rudesse de ce pays, de sa pauvreté, de ses caractéristiques de pays en développement : le tas d'ordures au pied des grilles d'un marché aux bestiaux, un cochon en laisse, un amas de bois mort (ou de tiges sèches de maïs ?) sur le dos d'une femme, plus haut qu'elle, ces hommes qui travaillent assis sur le bord de la route. Cette dernière photo, je l'ai trouvée très saisissante : les équipements (casques, gilets de sécurité, etc..) sont d'une grande modernité. Mais les gestes / postures semblent antiques : il s'agit de casser des cailloux pour faire la route, comme les ouvriers égyptiens taillaient la pierre pour faire les pyramides. Et faut-il que les conducteurs de camions aient besoin de leur salaire pour conduire sur ces routes en état de somnolence!
    Bon. Je tricote une écharpe pour Anne Marie, je cherche le code de la route péruvien pour Patrick et je vous embrasse tous les deux, en mettant décidément dans mes bises toute mon admiration,
    Gala

  • Laurent | 4.9.14

    Comme toujours un article particulièrement bien écrit...Mais j'ai souffert durant la lecture: jusqu'où alliez-vous descendre...Finalement, ça a l'air d'aller mieux pour Anne-Marie, c'est bien pour la suite et notamment le Machu Pichu qui est proche , non ?
    C'est terrible de vivre ça loin de chez soi, loin de tout, dans des lieux à la fois hostiles et magnifiques comme ceux que vous avez traversés...Quel courage ! Chapeau bas....

  • Zwoofff | 4.9.14

    @Gala
    Ces quelques jours d'abandon nous ont paru bien longs.Oui ici tout est rude : la vie, les paysages et la nature. Ces femmes et ces hommes y vivent bien souvent comme ils peuvent mais on n'est pas sûrs de pouvoir admettre pour cela qu'ils laissent tant d'immondices ou de cadavres sur le sol. L'eau surtout potable est parfois une denrée rare et ça c'est aussi difficile.
    Pour l'écharpe c'est vraiment sympa. Tu peux l'envoyer à : 2fousavélo, 435 Av. de la pampa - Cestpalperou ;-)

  • Zwoofff | 4.9.14

    @Laurent
    Oui pour Anne-Marie ça va mieux. Merci,ce matin on repart... vers Puno. et pour le Macchu Foutu... à suivre plus tard dans un article.
    Ce qui fut terrible c'est de vivre ça au milieu de nulle part sans âme qui vive, mais c'est comme dans les films américains, la fin se termine bien...

  • Anonyme | 6.9.14

    Quelle aventure !
    bon rétablissement a Anne Marie
    Et chapeau d'avoir pris le temps malgré tout d'avoir repéré les point de bivouac !
    Louison

  • Zwoofff | 6.9.14

    @Louison
    Merci.
    Anne-Marie va bien aujourd'hui, plus de souci.

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